Photo de vigne

Tendances et perspectives de la filière vigne-vin

A quelques semaines de l'ouverture du SITEVI 2019, Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, Directeur Général de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), et Co-Président des SITEVI Innovation Awards fait le point sur la filière vigne-vin.

Le changement et le dérèglement climatique

Les effets des évolutions climatiques ont été particulièrement marqués cette année pour la plupart des régions viticoles françaises. Avec un cortège de dommages directs significatifs au vignoble : gel de printemps du fait de débourrements de plus en plus précoces, grêle avec parfois des orages transformés en véritables tempêtes locales, canicule (45° dans l’Hérault) et destruction des grappes, et enfin recrudescence des incendies avec dépôt de fumée sur les vignes.

Plus globalement, les effets de l’élévation des températures et du stress hydrique en particulier dans les régions méditerranéennes, impactent directement les volumes de récolte et le potentiel qualitatif de la vendange (maturité,
profil aromatique).

Cette situation interpelle la plupart des vignerons qui s’interrogent sur l’avenir et les voies d’adaptation durable, à concevoir en fonction des spécificités de chaque terroir.

Ce phénomène concerne également, bien entendu, les autres vignobles européens, à des degrés divers.

La voie obligée de l’agroécologie

C’est l’autre élément de contexte qui impacte fortement le secteur. Le citoyen consommateur, l’opinion en général, est en attente, avec des objectifs réalistes ou pas, d’un engagement fort vers l’agroécologie. 

Les pouvoirs publics en sont le premier relai, comme en atteste, dans le domaine des produits phytosanitaires, les débats actuels sur le glyphosate, le cuivre ou sur les vignobles installés à proximité des lieux habités.

Ces nouvelles contraintes rendues obligatoires, peuvent être, par exemple en matière de gestion des sols liée à l’arrêt des herbicides, un accélérateur de l’impact du changement climatique pour beaucoup de vignobles. 

Par ailleurs, les engagements volontaires de la viticulture française, au niveau de l’exploitation ou de l’entreprise et sur le plan collectif, à l’échelon du terroir ou de la logique interprofessionnelle régionale, peuvent être qualifiés d’historiques.

Le développement continu du bio, l’intégration des mesures agro-environnementales dans les cahiers des charges des AOC, les démarches vers la certification Haute Valeur Environnementale ou la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise, concernent désormais le plus grand nombre des acteurs de la filière. Avec pour enjeu, une création de valeur sur les vins produits venant compenser des coûts de production le plus souvent plus élevés.

Des marchés plutôt positifs, mais…

Cette forte évolution de l’environnement global dans lequel évolue la filière française s’inscrit aussi dans un contexte de marchés plutôt positifs, mais avec des signaux qui interrogent. 

Les exportations de vins et spiritueux français poursuivent leur croissance, dans un marché mondial qui reste équilibré sur le plan macroéconomique comme en attestent les dernières statistiques de l’OIV. Les vins et spiritueux français restent les champions pour la création de valeur, portés par deux régions, la Champagne et Cognac. Pour les vins tranquilles, toutefois, les volumes sont en retraitet la contraction des marchés asiatiques, en particulier la Chine, ainsi que les tensions commerciales internationales et l’affaiblissement de la croissance de l’économie de nombreux pays, sont des facteurs à prendre en compte. Un contexte qui pose la question de la lisibilité de l’offre française, particulièrement diversifiée, et de la compétitivité de cette offre sur les différents segments du marché.

Le marché national confirme aussi une contraction - même si elle s’atténue - des volumes consommés, et une attente vers toujours plus de qualité, d’identité et de proximité. Des questions se posent aujourd’hui sur l’adaptation des profils des vins rouges aux plus jeunes générations de consommateurs, attirés plutôt par les vins rosés. Les études en France confirmant la place culturelle du vin dans les modes de consommation, mais produit désormais occasionnel.

Un contexte qui impose d’innover

Le Sitevi 2019 intervient donc à un moment clé pour la plupart des vignerons et des entreprises, qui vont devoir plus que jamais s’adapter et innover, au vignoble et au chai.

Les domaines concernés sont multiples, du choix du porte-greffe et du cépage (variétés résistantes ou mieux adaptées au changement climatique), à une meilleure connaissance des caractéristiques du terroir, aux modes de gestion des sols, de pilotage et de protection du vignoble, jusqu’à la maîtrise qualitative toujours améliorée des vinifications pour des profils de vins adaptés aux marchés, y compris en matière de conditionnement et de packaging.

Le concours de l’innovation, par le nombre de dossiers déposés et la diversité des domaines explorés, traduit le formidable dynamisme des exposants présents sur le salon. Les différentes conférences techniques consolident aussi cette offre.

Ce qui fait du Sitevi un moment unique pour les professionnels du secteur pour trouver les réponses indispensables pour innover et consolider l’avenir de leur entreprise.

Portrait Jean-Pierre